Les Inrockuptibles

Les Inrockuptibles
Je crois en un être animé de plusieurs métamorphoses, artistiquement parlant, quelqu'un qui passerait d'une peau à l'autre, au fil des rencontres, de ses découvertes. C'est cette évolution que je souhaite à Noir Désir, mais le noyau, lui, dois rester immuable. Il y a une droiture à conserver. C'est elle qui peut te donner la force nécessaire à ces évolutions, à ces métamorphoses. Sans cette droiture, sans cette authenticité que tu as en toi, tu es foutu. Il y a des sacrifices dans nos vies, quotidiennement. Alors autant les mettre au services de cette quête perpétuelle de l'authenticité... Ces sacrifices, je ne les ferai pas au nom du commerce, jamais ! On ne vit pas un sacerdoce, que je sache. Pourquoi arrêtons-nous déjà notre tournée ? Eh bien, parce-qu'on en a marre, tout simplement !

Bertrand Cantat, Les Inrockuptibles, mars 1991
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# Posté le dimanche 11 décembre 2005 09:33

Modifié le dimanche 11 décembre 2005 10:04

Avant-propos

Avant-propos
Dès ses débuts discographiques, avec le mini-album Où veux-tu qu'je r'garde, paru sur label Barclay au début de l'année 1987, Noir Désir a fait entendre une voix, un style, une présence et un lyrisme singuliers, que le groupe s'est constamment employé à faire évoluer vers des territoires artistiques faits d'engagement et de conviction, toujours plus riches et vastes, à la fois fortement personnels et ancrés dans une tradition musicale revêche à toute forme de concession.
Où veux-tu qu'je r'garde marque le début d'une aventure de création musicale hors sentier battus, et le début d'une aventure humaine généreuse et intense. Suivrons les albums Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient) en 1989, Du ciment sous les plaines en 1991, Tostaky en 1992, 666.667 club en 1996, One trip One noise en 1998, Des visages, des figures en 2001, qui sont autant de carnets de route de cette double aventure, de ses élans et de ses chaos, de ses évolutions et de ses souterrains, de ses visions et de ses frustrations. Ces albums sont nourris d'expériences accumulées au cours d'existences consacrées à la musique et à la création d'univers toujours plus étoffés, plus subtils et plus sensibles. Ils peuvent s'entendre comme une oeuvre sur le long cours, faisant résonner une maturation personnelle des musiciens ainsi que l'évolution des principes artistiques qui les unissent. Jamais les membres de Noir Désir (Denis Barthe, batteur ; Bertrand Cantat, chanteur, parolier ; Serge Teyssot-Gay, guitariste ; Frédéric Vidalenc, bassiste, remplacé par Jean-Paul Roy en 1996) ne ce sont exprimés ni racontés autrement que par leurs créations. Dans les nombreux entretiens qu'ils ont données au cours de leur carrière, ils n'ont parlé que de musique et de leurs engagements. Jamais d'eux-mêmes, autrement que dans leur rapport à la musique - et encore moins de leurs vies privées : Noir Désir est avant tout un groupe, un collectif à la fois uni et paradoxal, hétéroclite et harmonieux, une famille avec des épisodes en pointillés.

Auteur d'albums majeurs de l'histoire de la musique (rock) française, Noir Désir est devenu le groupe (de rock) le plus populaire de tous les temps, ainsi que l'un des plus grands vendeurs de disques. Mais au-delà de cet aspect statistique, Noir Désir s'est fait entendre comme le chantre d'un état d'ésprit résolumment indépendant et exigeant sur le plan artistique, ralliant les valeurs et les aspirations de toute une vaste génération. Fondue au creuset du punk et du post-punk initiatiques de leur adolescence, auxquels se mêlèrent de larges parts de blues et de rock halluciné, la radicalité et l'opiniâtreté de leur éthique, sans cesse raffinée au cour des ans, est l'une des solides caractèristiques des deux décennies de carrière du groupe. Cet engagement corps et âmes de tous les instants, tout comme les échappées personnelles des membres du groupes vers d'autres horizons - lesquelles ont toujours abouti à l'enrichissement de leurs créations musicales. Lorsque la passion s'étiole, comme se fut le cas pour le bassiste Frédéric Vidalenc en 1996, mieux vaut quitter la formation que de faire de sa participation un sacerdoce.

Depuis 1987 et Où veux tu qu'je r'garde, chaque nouvel album de Noir Désir a rencontré un succès public plus vaste que le précèdent, alors même que le groupe continuait de résister aux sirènes du spéctacle. Pas ou peu de publicité ou alors en en détournant les codes à sa façon (on se souviendra des caricatures des chorégraphies des Boys Bands de l'époque de 666.667 club en 1996).

Noir Désir n'a jamais été un groupe à vendre, mais ses albums se sont toujours très bien vendus. Noir Désir ne s'est jamais plié aux exercices de formatage pour idoles contemporaines, mais le groupe a toujours eu, en la personne de son chanteur et parolier Bertrand Cantat, un leader charismatique, selon l'expression consacrée.

Comme les autres membres du groupe, Bertrand Cantat n'a jamais été client des pages people des magazines, et pourtant, depuis l'été 2003, son nom fait battre des records de vente à tous les hebdomadaires d'information-spectacle. Un blog consacré à Noir Désir doit-il s'arroger le droit de construire une version des faits qui se sont déroulés à Vilnius dans la nuit du 26 au 27 juillet 2003 ? Noir Désir n'est pas, et n'a jamais été à confondre avec la vie privée de son chanteur. Bertrand Cantat a été accusé et jugé en Lituanie suite au décès de l'actrice Marie Trintignant. Ca ne se commente pas, ça ne se met pas en scène.

Le pouvoir médiatique, vis-à-vis de Bertrand Cantat et Noir Désir ont toujours manifesté la plus grande indépendance, n'a pas mis longtemps à distribuer les rôles. Car un homme qui se méfie des médias est forcèment un type louche. Mais ici, il ne sera question que de Noir Désir. Et son histoire exemplaire vaut tous les gages d'authenticité.
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# Posté le dimanche 11 décembre 2005 09:35

Modifié le dimanche 11 décembre 2005 12:28

Où veux tu qu'je r'garde ?

Où veux tu qu'je r'garde ?
1980 : à la faveur d'un nouveau déménagement familial, Bertrand Cantat quitte la Normandie et le Port du Havre pour Bordeaux, où sa famille s'installe durablement : après une carrière dans l'armée et de multiples déménagements, son père travaille désormais dans l'alimentation en gros. Né à Pau le 5 Mars 1964, Bertrand Cantat à tôt fait l'expérience des "petites ruptures", qui lui ont fait voir le monde d'un point de vue nomade : il restera <<effrayé par les sédentaires, par leur manque d'ouverture d'ésprit, par le fait qu'ils refusent de voir que leur monde n'est pas le monde. Je devais être sans arrêt le nouveau, redécouvrir les gens... L'avantage, c'est que je pouvais dire n'importe quoi, m'inventer des personnalités, des histoires >> ( Les Inrockuptibles, novembre 1996).

Son intégration à Bordeaux, de son propre aveu, sera toutefois la plus difficile qu'il ait connue. Il ne manque pas de lire un panneau fiché à l'entrée de la ville : << Etranger, défais tes illusions si tu viens ici >>.

Peu après l'installation de sa famille à Bordeaux, son frère Xavier, plus agé d'un an, quitte le foyer familial pour suivre un cursus de sport-études en escrime (il mènera par la suite une carrière de photographe dans le rock, le théâtre, l'art contemporain), ce qui ne fera qu'accroître un sentiment de solitude lancinant
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# Posté le dimanche 11 décembre 2005 12:33

Modifié le dimanche 11 décembre 2005 12:46